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L’Île-Saint-Denis : visite ministérielle au Phares, haut-lieu de l’Economie sociale...

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L’Île-Saint-Denis : visite ministérielle au Phares, haut-lieu de l’Economie sociale et solidaire

Olivia Grégoire, la ministre en charge de l’Économie sociale et solidaire, a choisi le Phares à L’Île-Saint-Denis, vendredi 8 janvier 2021, pour se voir remettre le rapport du Labo de l’ESS sur la relance des pôles territoriaux de coopération économique (PTCE), stoppés nets en 2016. L’occasion de découvrir une structure exemplaire de l’agilité de l’ESS, utile (notamment) en temps de crise.

Une association d’insertion par la création textile Mode estime, une autre regroupant des consommateurs bios, de commerce équitable, le tout guidé par les cogérants du lieu. Olivia Grégoire a pu constater in situ, en visitant la société coopérative d’intérêt collectif (Scic) Phares, à L’Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), à quel point la mise en réseau de structures de l’économie sociale et solidaire (ESS) favorisait leur développement.

« Les Alchimistes, start-up de l’ESS, en plein essor, qui collecte des bio-déchets pour les transformer en compost, est née, par exemple, d’une réflexion commune, entre Halage et Etudes et chantiers, et de notre volonté de créer une structure porteuse d’intégration des personnes éloignées de l’emploi tout en contribuant à la transition écologique », indique Stéphane Berdoulet, codirecteur d’Halage et cogérant du Phares, à la ministre (voir ci-dessous). « C’est en se croisant, en se bousculant dans les couloirs, que l’on crée de l’innovation sociale », ajoute Myriam Dauphin, responsable de la délégation francilienne d’Études et chantiers, cogérante du Phares.

La secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance, chargée de l’Économie sociale, solidaire et responsable, était justement venue pour annoncer publiquement son intérêt pour les pôles territoriaux de coopération économique (PTCE). Un intérêt concrétisé par le rapport commandé par la ministre au président du Labo de l’ESS, remis ce même jour (voir ci-dessous).

Le pendant « ESS » des pôles de compétitivité

Ces pôles sont en quelque sorte la version « ESS » des pôles de compétitivité. Sauf que les financements des seconds n’ont jamais cessé, tandis que ceux des premiers se sont arrêtés net, en 2016. « Ces PTCE sont nés en 2011, d’abord nommés pôles témoins, puis officialisés dans le cadre d’un premier appel à projets national lancé en 2013″, indique Stéphane Berdoulet. Ces lieux réunissent des entreprises de l’ESS, des représentants de l’université et des entreprises classiques. Il s’agit soit de lieux physiques, tels que le Phares, soit de filières, alimentaire par exemple, à l’instar de « Resto passerelle », à Plaine Commune toujours, qui fédère quelques pépites de l’ESS telles que Baluchon ou Taffé mafé.

En 2014, Benoit Hamon, alors ministre à l’Economie sociale et solidaire et à la consommation, inscrit les PTCE dans la loi. Avec des financements à la clé, dédiés à l’ingénierie de ces structures. « Au Phares, les 132 000 euros perçus sur trois ans nous ont permis de financer une série de services mutualisés, juridiques, administratifs ou techniques, au bénéfice de tous nos membres », poursuit Stéphane Berdoulet. Avec un effet de levier réél : le Phares, qui représente 17 millions d’euros de budget, regroupe aujourd’hui quelque 120 salariés, 700 si l’on prend en compte également les emplois temporaires.

Mais en 2016, ces financements s’interrompent. « On a considéré, semble-t-il, que trois ans suffisaient pour atteindre l’équilibre, alors même que les entreprises de l’économie classique mettent généralement plus de temps pour atteindre la rentabilité », remarque le cogérant du Phares. La relance du financement de ces pôles constitue précisément une des principales propositions du rapport remis par Hugues Sibille, président du labo de l’ESS, au gouvernement. « Il y aurait lieu très rapidement de leur affecter des moyens financiers, si possible avec un fonds dédié », indique-t-il. La crainte des conséquences de la Covid-19 semble, en l’espèce, contribuer à favoriser la prise de conscience de l’utilité de l’ESS pour limiter le nombre de laissés pour compte. Ce que confirme Hugues Sibille.

« Pour nous Métropop’!, jeune start-up associative arrivée en 2014, le Phares a été un formidable tremplin », indique Julien Neiertz, cogérant du Phares, cofondateur de Métropop’!, habitant du Phares depuis 2014 et fondateur de Sphérik & co, société de conseil en management de la transition incubée dans le lieu de cotravail du Phares depuis 2020. « Cela tant en termes de professionnalisation que d’innovation par la coopération, poursuit l’entrepreneur social. J’attends du plan de relance des PTCE qu’il fasse de ces pôles de coopération de véritables outils pour la transition écologique et sociale sur les territoires dans « le monde d’après” : nous en sommes capables si on nous en donne les moyens et la légitimité ! ».

Encadré 1 :  « Olivia Grégoire se montre très intéressée par ces pôles »
« Le regain d’intérêt de l’Etat pour les pôles territoriaux de coopération économique provient d’Olivia Grégoire elle-même. En arrivant, la secrétaire d’Etat a souhaité savoir ce qui avait fonctionné précédemment, indique Hugues Sibille. Le fait que les PTCE favorisent les coopérations entre l’ESS et les entreprises classiques a, semble-t-il, particulièrement intéressé la ministre », poursuit le président du Labo de l’ESS, auteur du rapport sur la relance des PTCE.

A l’heure où « les territoires » sont régulièrement évoqués, par le Premier ministre notamment, et alors que la Covid-19 risque de détruire durablement des emplois en masse, l’économie sociale et solidaire apparaîtrait comme un secteur à conforter d’urgence, qui plus est alors que nombre de ses structures œuvrent en faveur de la transition écologique. Jusqu’à présent, deux appels à projets, en 2013 et 2015, ont été organisés pour labelliser des PTCE. De nouvelles consultations pourraient donc prochainement voir le jour. « Les structures nous font notamment remonter un besoin de financement de leur recherche & développement, alors qu’elles opérent souvent dans des éco-activités nécessitant d’inventer et d’innover », indique également le président du Labo de l’ESS, qui se félicite de l’intérêt retrouvé du gouvernement pour ces pôles, un temps délaissés. Ces PTCE pourraient être intégrés au sein des contrats de relance et de transition écologique, qui lieront l’Etat et les collectivités territoriales. Ils pourraient également bénéficier du fonds social européen (FSE), indique Hugues Sibille.

Encadré 2 : Lil’ô, partenaire de la Solideo
En 2019, Halage crée Lil’ô, à la pointe nord de L’Île-Saint-Denis, sur une vaste emprise jusqu’alors utilisée par l’entreprise de travaux publics Colas pour y entreposer du matériel de chantier. L’association signe avec le conseil départemental de Seine-Saint-Denis une convention de mise à disposition de ce terrain bordé par les deux bras de la Seine, en l’échange de son ouverture au public. Le site accueille depuis le composteur king size « Tidy planet », de la SAS Les Alchimistes, qui produit du compost à partir des bio-déchets collectés aux alentours. Mais Stéphane Berdoulet y mène un projet protéiforme, alliant, outre la production de fleurs, un démonstrateur de biodiversité, une pépinière aquatique et de multiples activités. Dans ce cadre, Lil’ô s’apprête aujourd’hui à entamer une expérimentation, en partenariat avec la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo), l’opérateur de terres excavées ECT et le bureau d’études spécialisé dans l’économie circulaire Neo-Eco. Il s’agira de tester la viabilité de la création d’un substrat fertile produit à partir d’un mix de terres excavées des chantiers du Grand Paris express, de compost produit par les Alchimistes et de béton concassé. Un exemple, s’il en fallait, de l’agilité de l’ESS, en matière d’éco-activité en l’occurrence, qui pourrait, si l’expérimentation réussissait, devenir un projet porté avec Carma sur l’emprise autrefois promise à Europacity, dans le Triangle de Gonesse. Stéphane Berdoulet poursuit ses recherches sur cette innovation avec Thomas Lerch de l’Institut d’écologie et de sciences de l’environnement ou Emmanuel Bourguignon, fondateur et directeur du laboratoire d’analyses microbiologiques des sols (LAMS). Lil’ô planche également, avec Topager, sur la mise au point d’un substrat fertile destiné à se substituer aux terres volcaniques utilisées pour végétaliser les toitures, dans le cadre d’un programme soutenu par l’Ademe.

LEG01 : De g. à dr. : Eric Coquerel, député (LFI) de Seine-Saint-Denis, Mohamed Gnabaly, maire de L’Ile-Saint-Denis, Hugues Sibille, président du Labo de l’ESS, Olivia Grégoire, secrétaire d’État chargée de l’Économie sociale, solidaire et responsable, Stéphane Berdoulet et Myriam Dauphin, cogérants du Phares. © Jgp

LEG02 : Stéphane Berdoulet. © Jgp

LEG 03 et 04 : Olivia Grégoire. © Jgp

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