Publié le 28/11/2022

3 min

Grand Paris express : à 52 m sous terre, la station de Saint-Maur – Créteil prend forme

La gare de la ligne 15 du Grand Paris express sera la plus profonde de France. Une prouesse technique et architecturale complexifiée par un environnement peu propice. Visite guidée en compagnie de l’architecte Cyril Trétout (Anma).

croix

« Il faut imaginer une construction à l’envers, on commence par le dessus et on descend sous terre », exposait l’architecte Cyril Trétout, l’un des associés de l’agence Anma, mardi 22 novembre 2022. L’opération de construction est devenue titanesque depuis qu’un sol argileux a considérablement alourdi les opérations. Une curiosité géologique et surtout un imprévu de taille. Alors que le projet initial devait s’enfoncer à 15 m sous terre, il faut désormais aller chercher la roche à près de 57 m de profondeur, voire même à 70 m pour les murs extérieurs coulés. La contrainte a ainsi fait, presque par hasard, de la future gare de Saint-Maur – Créteil la plus profonde de France. Elle détrône ainsi la station Abbesses, à Montmartre, qui détenait jusqu’à présent le record (36 m).

Pour observer les travaux en cours, il faut passer derrière les palissades des rues Remises et Bobillot. Là, s’ouvre un espace de 8 300 m² où s’activent les compagnons entre les grues et les tiges métalliques. Au centre, un puits, encore à ciel ouvert, s’enfonce telle une bouche béante dans la terre. L’édifice fait 56 m de long pour 37 m de large. « Ce sont des techniques de travaux classiques mais le projet est rendu exceptionnel par son ampleur, sa profondeur et par son inscription dans le tissu urbain. Nous sommes à proximité direct du RER A et des habitations de cette place. Il ne faut pas de vibrations », explique l’architecte. Toutes les données du chantier sont donc surveillées au millimètre près. Marge de manœuvre pour les vibrations ? 9 mm. Pression ? 5 barres au fond du puits. Volume de béton ? 27 500 m2. Sur ce chantier XXL de la ligne du Grand Paris express, on aime les chiffres ronds, et l’on innove à mesure que le chantier évolue.

Inverser la logique

« A la base, on devait construire la gare puis le tunnelier devait arriver dans le sarcophage et poursuivre sa route. Mais le début des travaux a pris du retard et le tunnelier en 2020 est passé avant que la gare ne soit construite, on était alors qu’à la cinquième dalle sur les sept prévues ». Il a donc fallu inverser la logique. Le tunnelier est passé puis la gare s’est construite, depuis la surface en descendant étage après étage.

Pour aller voir ça de plus près et rejoindre le plancher de la future gare, il faut s’engager dans un ascenseur pour une descente vertigineuse. D’immenses « barrettes » ont été coulées dans le sol pour soutenir la structure. Ces dernières sont aujourd’hui remplacées par des piliers en béton de meilleure facture. Un transfert de charge soutenu par d’énormes vérins. Depuis le passage du tunnelier Camille en décembre 2020, les équipes du chantier ont achevé le terrassement des derniers niveaux inférieurs de la gare et terminent le radier de 3,5 m (sorte de plancher de la gare). Prochaine étape ? Relier les galeries sous le RER et celles qui accueilleront les futurs quais. Une machine, alimentée par d’immenses tuyaux, travaille quant à elle sans relâche la roche, dans un bruit assourdissant. Un travail rendu difficile par le milieu exigu et des parois de plus de 20 tonnes.

Une couronne en forme de roue de vélo

Si le puits est pour le moment à ciel ouvert, une couronne en forme de roue de vélo coiffera en 2026 la gare. « On est parti sur cette idée d’un grand kiosque contemporain avec une forme arrondie. La lumière naturelle pénétrera dans l’ensemble du bâtiment grâce à l’ouverture de la coupole qui recouvre le kiosque », complète Cyril Trétout. Pour accéder aux quais, les 45 000 voyageurs attendus chaque jour emprunteront l’un des 11 ascenseurs disposés autour du puits. Le reste de l’espace creusé sera occupé par les machines techniques tandis qu’un escalier central en colimaçon, support de l’œuvre d’art de Susanna Fritscher, complétera la structure.

Pour ce qui est de l’ouverture de la gare, initialement prévue en 2025, il faudra patienter encore un peu. Le chantier devrait s’achever fin 2026.  Un chantier décidément peu commun qui s’intégrera sur la ligne 15 du Grand Paris express. Du long de ses 33 km, la ligne 15 sud traversera 22 communes de Pont de Sèvres à Noisy – Champs et reliera 16 gares en 37 minutes.

En partenariat avec  https://www.lejournaldugrandparis.fr/wp-content/uploads/2014/07/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2015-09-23-%C3%A0-12.07.29.png

Cet article vous a intéressé ?
Partez-le sur les réseaux !